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LA LANGUE BRETONNE ET L'AFFECTIF
 

Du côté de Perros-Guirec lorsqu’un enfant tient son doudou, on dit en breton qu’il a son tamm a-galon (littéralement : un morceau de son coeur) dans les mains. Sa mère aussi est un peu une partie de son coeur. Chacun d’entre nous arrivé à l’âge adulte, garde aussi une place dans le coeur pour quelque chose ou quelqu’un. Quand il est question d’amour pour une chose ou une personne, on fait toujours référence au coeur. C’est tout aussi vrai lorsqu’il s’agit d’une langue. Pourquoi ? Parce que la transmission de la langue se fait dès le plus jeune âge. Lorsqu’un enfant pose son regard sur ses parents, il voit des lèvres remuer, il entend des sons s’échapper de leur bouche. Ensuite avec le temps, il comprend de plus en plus de mots, qui peu à peu prennent tout leur sens au fur et à mesure qu’il grandit. Des termes tels que manger, dormir, papa, maman, jouet sont très vite compris. L’enfant suit les lèvres avec toute son attention. Petit à petit alors il parvient à comprendre les sons qu’il perçoit et à les restituer. Un peu plus tard il se rendra compte que pour donner un véritable sens à ce qu’il dit, il doit mettre ces sons bout à bout afin d’être parfaitement compris. Il ne lui restera alors plus grand chose à faire pour parler.

Ses journées, sa vie quotidienne, sont rythmées par les paroles de ses parents. Ses sens sont en éveil lorsqu’il perçoit le son d’une voix, et encore plus lorsque c’est celle de sa mère. Une relation affective se crée avec cette langue qu’il a apprise sur les genoux de sa mère. C’est cette langue, qui s’enrichit tout au long de l’enfance, que l’on appelle langue maternelle. Jusqu’à la fin de sa vie, elle restera profondément ancrée dans son cerveau. La moindre expression, le moindre mot entendu à la maison renverra au lien avec ses parents, sa famille, ses amis, les gens de son village, de son quartier, de son pays. Sans le savoir, sa langue maternelle devenue langue du coeur, aura une signification forcément différente de tout autre langue apprise par la suite, quand bien même cette dernière aurait une valeur économique ou politique.

On enseigne les langues à l’école depuis fort longtemps. Combien d’entre nous pourtant maîtrisent correctement l’anglais, l’allemand ou l’espagnol ? Nombreux sont ceux qui ont suivi une dizaine d’années d’anglais et ne sont pas capables de formuler une phrase correcte, ni de commander une pinte de bière dans un pub irlandais, ou d’acheter du pain dans un magasin pakistanais du Pays de Galles. Ces langues n’auraient-elles pas été enseignées de manière abstraite, fade, insipide ? N’est-ce pas l’essentiel qui a été oublié : baigner l’élève dans la langue qu’il étudie, lui apprendre à se divertir grâce à elle, vivre cette langue, se l’approprier. Où était le côté affectif dans l’enseignement qui lui a été dispensé ?

En Bretagne plusieurs langues se côtoient : le breton, le gallo et le français. Chacune d’entre elles correspond pour l’un ou l’autre à la langue du coeur. C’est pourquoi il ne faut jamais opposer l’une à l’autre, sous peine de blesser profondément. Toutes les langues méritent une place dans ce monde. Evidemment on se doit d’améliorer celle du breton, qu’on a tellement malmené par le passé et qui l’est encore de nos jours. Je n’irai pas plus loin sur ce sujet, bien qu’il serait intéressant de développer et d’analyser ce problème dans un texte traitant uniquement de cette question. Il me fallait toutefois mentionner ce fait qui préoccupe énormément de gens.

Revenons à la langue bretonne. Parce que c’était la langue de l’affectif, ce fut un crime de lui faire volontairement du mal au sein même des familles bretonnes. La guerre lui fut déclarée, on alla raconter aux gens que leur langue maternelle ne valait rien, et on osa même affirmer qu’elle empêcherait les enfants d’avoir le moindre avenir dans leurs études. Que de paroles imbéciles ! On poussa même le vice jusqu’à humilier les petits bretonnants à l’école. Ils étaient punis. On leur accrochait un symbole autour du cou ! Il n’ y a pas à être surpris des dégâts que cela engendra par la suite, à l’intérieur de notre société. N’est-ce pas en effet l’une des causes du taux si élevé de suicides dans notre pays, du nombre inquiétant de maladies psychiatriques de toutes sortes, du nombre important de bègues, et de l’alcoolisme qui fait des ravages en Bretagne ? N’est-ce pas les liens affectifs, ces relations d’amour, qui ont été brisés sous prétexte d’unir une république de gré ou de force ? N’est-ce pas la fierté intérieure qui a été violentée, celle qui tout au long de la vie, sert de colonne vertébrale pour maintenir droit et fort les êtres humains que nous sommes ?

«Le breton en six mois», documentaire de Ronan Irien, en a ému plus d’un. On y découvre quatre personnes venant de divers horizons, aux caractères tous différents, et qui ont décidé d’apprendre le breton au cours d’une formation de six mois. C’est émouvant de voir la peine – celle-ci étant étroitement liée à l’affectif n’est-ce pas ? - qu’elles se donnent toutes pour apprendre cette langue. Je dois vous avouer qu’à plusieurs reprises j’ai bien failli pleurer d’émotion en voyant la volonté que ces personnes déployaient pour parvenir à leur but. Je dois aussi vous avouer la honte que j’ai ressentie en entendant les paroles de certains anciens autour d’eux, lançant des mots blessants, prononcant des discours décourangeants. Pourquoi diable faire du mal à ceux qui aiment notre langue, et font tellement d’efforts pour la maitriser ? Bien heureusement, tous les anciens n’étaient pas comme ceux-ci. D’autres s’efforcaient de s’exprimer lentement afin d’être bien compris par les stagaires, et c’était beau à voir.

Le breton est donc une langue maternelle, pour ceux d’entre nous qui ont le plus de chance, ou une langue de coeur pour ceux qui se sont donnés la peine de l’apprendre, ou encore pour la majorité des autres une langue pour laquelle ils ont beaucoup d’affection et de respect. Combien de fois n’ai je pas entendu des gens s’excuser de ne pouvoir s’exprimer dans notre langue ! Ce n’est pourtant pas à eux de ressentir de la honte. On ne peut tout de même pas leur imputer les fautes qui ont été commises dans le passé. Toutefois les adultes peuvent maintenant apprendre le breton grâce aux cours du soir et aux divers stages qui existent un peu partout sur le territoire. Avec l’école et les media la langue bretonne est aussi présente sur le terrain économique. C’est une bonne chose. Elle reste la langue du coeur, et pour certains elle devient langue de vie, parfois langue économique et sociale quand celle ci leur permet de trouver un travail.

La langue bretonne est chez nous une langue affective parce qu’elle est intimement liée à la mémoire collective. Pour certains qui ont appris la langue sur le tard, elle peut parfois être la langue d’une personne aimée : un père, une mère, un grand-père, une grand-mère, un voisin, ou même un enseignant. On retrouve de nouveau le lien affectif. Cela explique pourquoi on entend si souvent «Chez moi on dit ceci ou cela». Tant et si bien que certains ont inventé le mot badum («chez moi») pour faire référence aux parlers très locaux et les opposer ainsi à la langue telle qu’on doit l’écrire. Sans emprunter cette fausse route il existe un réel problème en basse Bretagne dont il faudra tenir compte si on veut sauver la langue bretonne et préserver sa richesse et ses qualités, ne serait-ce que l’accent qui lui est propre. Chacun à sa façon détient autant que les autres le «vrai» breton et enrichit le «capital» de mots et d’expressions que l’on retrouve ensuite dans les dictionnaires. On doit se souvenir de cela lorsqu’on accompagne le breton vers l’avenir. Gardons une certaine souplesse qui se révèlera plus tard être une vraie richesse.

Prenons l’exemple du mot «limace». Il existe deux mots en breton pour cet animal. Un quart des bretonnants, en pays de Vannes principalement, utilise le mot maligorn, qui vient directement du français ou du gallo, alors que les trois autres quarts emploient le terme melc’hwedenn ! Allez donc dire aux Vannetais qu’ils se trompent lorsqu’ils utilisent maligorn, ou aux Cornouaillais, Léonards, Trégorrois et habitants du Goélo qu’ils ne devraient pas employer le mot melc’hwedenn. N’imposons pas à tous d’utiliser un terme ou un autre. Laissons à chacun la liberté d’utiliser les mots qu’il souhaite. A ceux qui s’efforcent d’unifier la langue de respecter cela lorsqu’ils travaillent sur leurs lexiques.

Qu’importe-t-il qu’il y ait deux mots pour «limace» ? Cela dénoterait-il une faiblesse ? Non. C’est une bonne chose au contraire quand on y réfléchit bien. Pourquoi n’utiliserait-on pas l’un ou l’autre des mots suivant l’endroit où on se trouve ? Est-ce que cela nuirait à la langue ? Sûrement pas. Il ne faut pas se rendre malade à vouloir unifier à tout prix. Unifier le vocabulaire à l’extrême signifierait pour moi appauvrir et briser le lien affectif que chacun a avec sa langue. A l’opposé, unifier l’écriture me semble enrichir la langue car elle permet à tous les bretonnants de pouvoir échanger entre eux. N’est-ce pas aux intéressés eux-mêmes, par l’utilisation qu’ils feront de la langue, de choisir quel mot utiliser ?

C’est l’envie de le parler et le coeur qui nous lient à cette langue et qui lui donneront un avenir.

Gireg Konan

 


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